Dans presque tous les projets de portraits de dirigeants, un ou plusieurs membres de la direction arrivent crispés devant l'objectif. Ce n'est ni un problème de personnalité ni une question d'âge ou de genre — c'est une réaction normale face à une situation non maîtrisée. Le problème n'est pas la rigidité en elle-même. C'est ce que fait le photographe et l'organisation pour y répondre.
La rigidité se gère avant la session et pendant la prise de vue. Elle se gère mal après — en post-production, on peut corriger une lumière, recadrer, ajuster des couleurs. On ne peut pas changer une expression figée.
- Ce qui produit la rigidité
- Ce qui maintient ou aggrave la rigidité
- Ce qu'on peut faire avant la session
- Les instructions concrètes pendant la prise de vue
- Les cas plus difficiles
- Foire aux questions
Ce qui produit la rigidité
La rigidité devant l'objectif est presque toujours une réponse à une situation d'incertitude. La personne ne sait pas quoi faire de son corps, de son visage, de ses mains. Elle cherche à "bien faire" — et cette intention de contrôle produit exactement ce qu'elle veut éviter.
Les causes fréquentes :
La peur du jugement. Le dirigeant sait que son portrait sera vu par des centaines, voire des milliers de personnes. La conscience de cette exposition crée une tension qui se lit immédiatement sur le visage.
L'absence d'instructions claires. "Mettez-vous là et regardez l'objectif" n'est pas une direction. La personne comble le vide avec ses propres représentations — souvent issues de photos d'identité ou de photo de famille où l'on "se tient droit et on sourit". Résultat : posture militaire et sourire forcé.
L'agenda serré. Un dirigeant qui pense à sa réunion suivante pendant la prise de vue ne peut pas être pleinement présent. L'expression dit "je veux en finir" — et ça se voit.
L'inconfort avec l'image de soi. Certaines personnes ont une relation difficile avec leur image photographiée depuis l'enfance. Ce n'est pas une question de photogénie — c'est un blocage qui se manifeste par de la rigidité, de l'évitement ou une surcompensation (sourire excessif, expression théâtrale).
Ce qui maintient ou aggrave la rigidité
Certaines pratiques courantes aggravent la rigidité au lieu de la résoudre.
Montrer les photos pendant la prise de vue. La personne voit une image d'elle-même qu'elle ne reconnaît pas, se juge négativement, et se crispe davantage pour la prise suivante. Sauf si c'est pour corriger un problème technique spécifique, montrer les images en cours de session est contre-productif.
Les injonctions floues. "Soyez naturel", "détendez-vous", "faites comme si la caméra n'était pas là" — ces formules ne donnent aucune instruction concrète. Elles mettent la responsabilité sur la personne, qui ne sait pas comment s'y prendre, et augmentent sa conscience de la situation.
Les commentaires sur l'apparence. "Vous semblez fatigué", "souriez davantage", "vous faites une drôle de tête" — même formulés avec bienveillance, ces commentaires focalisent l'attention sur l'image de soi et renforcent le blocage.
Le silence. Un silence total pendant la prise de vue crée une pression. La personne entend le déclencheur, consciente que chaque image "compte". Le bruit de fond d'une conversation neutre allège cette pression.
Ce qu'on peut faire avant la session
Le brief préalable. Envoyer un brief clair 48h avant : l'objectif de la session, le registre attendu, des exemples visuels (portraits dans le registre cible), les instructions de tenue, la durée exacte. Un dirigeant qui sait à quoi s'attendre arrive moins anxieux. Un dirigeant qui découvre la session le jour même arrive plus rigide.
La conversation avant la prise de vue. Prévoir 5 à 10 minutes de conversation avant de commencer — pas sur la session, pas sur le portrait, mais sur un sujet qui intéresse la personne. Ce moment de conversation naturelle créé un état mental différent de celui qui arrive directement devant l'objectif.
Le choix de la tenue à l'avance. Si la tenue est préparée à l'avance selon des recommandations précises, la personne arrive sans cette source de stress. La tenue improvisée le matin crée une incertitude supplémentaire.
L'agenda. Si possible, placer la session en début de matinée, avant l'accumulation de réunions. Un dirigeant qui a déjà eu 3 heures de réunions quand il arrive devant l'objectif est plus fatigué, moins disponible et souvent plus rigide.
Les instructions concrètes pendant la prise de vue
La direction de séance pour un portrait de dirigeant doit être factuelle et spécifique — pas psychologique, pas vague.
Ce qui fonctionne :
- Instructions de position : "Tournez légèrement votre épaule droite vers moi", "Inclinez la tête de 5 degrés vers la gauche", "Regardez 20 cm au-dessus de l'objectif". Ces instructions sont concrètes, exécutables immédiatement, et détournent l'attention de soi vers une action précise.
- Instructions de respiration : "Prenez une grande inspiration, expirez lentement, et regardez l'objectif". La respiration consciente détend physiquement les épaules et le visage.
- La conversation en parallèle : continuer à parler pendant la prise de vue — pas pour faire répondre, mais pour maintenir un flux verbal qui empêche la personne de se focaliser sur l'image qu'elle est en train de produire. Les meilleures expressions arrivent souvent à la fin d'une réponse, quand la personne a oublié qu'elle était photographiée.
- Valider rapidement : "C'est bien, on a ce qu'il faut sur ça, on passe à la suite" — le rassurer sans montrer les images intermédiaires.
Ce qu'il vaut mieux éviter :
- "Souriez" sans autre instruction — produit un sourire de façade qui se lit immédiatement
- "Regardez l'objectif" en boucle sans variation — crée une fixité mécanique
- Les silences prolongés entre les prises — laissent la personne dans l'incertitude sur ce qui se passe
La progression :
Commencer par le cadrage le plus facile (demi-corps, moins d'intimité que le portrait serré), avec des instructions de position simples. Augmenter progressivement le niveau d'intensité du cadrage (plus serré) une fois que la personne est à l'aise. Les premières 5 minutes sont les plus difficiles — après, la plupart des personnes se détendent naturellement.
Les cas plus difficiles
Le dirigeant qui "n'aime pas être photographié". La formule cache souvent une expérience négative ancienne (des portraits ratés dans le passé) ou une relation difficile avec l'image de soi. Ce qui aide : un brief particulièrement soigné qui décrit le registre et les usages attendus. La conscience que le portrait servira un objectif professionnel précis détourne l'attention de la question de l'image personnelle.
Le dirigeant très occupé qui n'a que 20 minutes. Efficacité maximale : installation prête avant son arrivée, conversation courte, séquence rapide sur le registre prioritaire en premier (le plus important en premier, pas en dernier). Accepter que 20 minutes produisent un résultat utilisable mais moins varié qu'une session complète.
Le dirigeant qui dirige la prise de vue. Il donne des instructions sur son angle "préféré", sur l'expression qu'il veut, sur les prises qu'il faut garder ou supprimer. La réponse est de lui donner une tâche concrète — "regardez ici", "tournez-vous là" — qui le ramène en position de sujet et non de directeur.
Pour un portrait de direction avec une direction de séance adaptée, consultez la page portrait dirigeant ou contactez-nous.
Foire aux questions
Est-ce que certains dirigeants sont "impossibles à photographier correctement" ? Très rarement — et jamais pour des raisons physiques. Les cas où la session ne produit rien d'utilisable impliquent presque toujours une situation externe (agenda trop serré, stress personnel intense, refus de coopérer) plutôt qu'une impossibilité intrinsèque. Une session dans de bonnes conditions, avec une direction adaptée, produit presque toujours un résultat correct.
La rigidité vient-elle de l'expérience ou de la personnalité ? Les deux jouent, mais l'expérience est prédominante. Un dirigeant qui a eu de bonnes expériences photographiques (portraits réussis, direction de séance de qualité) arrive plus à l'aise. La première fois est souvent la plus difficile — et une première session réussie change la relation de la personne avec l'exercice pour les sessions suivantes.
Faut-il prévenir le dirigeant que la session sera "facile" pour le rassurer ? Seulement si c'est vrai. Une promesse de facilité qui ne se concrétise pas (session plus longue que prévu, demandes de reprises) produit une déception qui renforce la méfiance. Mieux vaut être précis sur la durée et le déroulé, et livrer ce qui a été promis.
Aller plus loin
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